Quel est ton souvenir le plus marquant autour des vins de Porto ?
Sans hésitation, ma victoire au Master of Port en novembre 2025.
Ce titre représente l’aboutissement de plusieurs mois de travail, de dégustations, de recherches et de remises en question. Je me souviens particulièrement de l’intensité des derniers jours, de cette envie de ne rien laisser au hasard et de l’émotion ressentie lorsque le résultat a été annoncé.
Mais au-delà de la victoire, ce sont surtout les rencontres humaines qui me marquent. Le Porto possède cette faculté extraordinaire de réunir des personnes autour d’une histoire, d’un terroir et d’une passion commune.
Parmi tous les Portos que tu as dégustés, quelle cuvée t’a le plus marqué, et pourquoi ?

Difficile de n’en choisir qu’une seule ! J’ai eu l’immense privilège de vivre des moments extraordinaires autour de grandes bouteilles, mais surtout de les partager avec des passionnés qui ont rendu ces instants inoubliables.
Je pense notamment à un Vintage 1987, mon année de naissance, dégusté en compagnie de Dirk et Daniel Niepoort, ou encore à un Colheita de 1860 partagé avec Ana Rosas. Et comment oublier cette soirée exceptionnelle durant laquelle j’ai eu la chance de déguster deux Vintages mythiques de 1931, l’un de Niepoort et l’autre de Quinta do Noval, aux côtés de Georges Dos Santos ?
Finalement, au-delà de la rareté et de la grandeur de ces vins, ce sont les rencontres, le partage et les émotions qui restent gravés dans ma mémoire. Chaque bouteille raconte une histoire, mais ce sont les personnes avec lesquelles on la partage qui la rendent véritablement inoubliable.
Quel style de Porto te ressemble le plus aujourd’hui : Vintage, Tawny, Colheita, blanc… ?

Je suis un grand amateur de Tawnies à mention d’âge.
Ce qui me fascine dans ces vins, c’est la subtilité de leurs équilibres, la finesse de leurs textures et cette incroyable complexité aromatique que seul le temps peut façonner.
J’aime leur capacité à conjuguer richesse et fraîcheur, puissance et délicatesse, tout en conservant une remarquable harmonie.
Chaque dégustation est une invitation au voyage, une véritable traversée du temps. C’est probablement cette dimension émotionnelle, presque contemplative, qui me touche le plus dans les grands Tawnies.
Existe-t-il une quinta, un terroir ou un lieu du Douro auquel tu es particulièrement attaché ?
Forcément, je pense immédiatement à Quinta do Noval et à sa mythique parcelle Nacional.
Noval occupe une place toute particulière dans mon cœur puisqu’il s’agit de la première quinta que j’ai eu la chance de visiter, et où j’ai également eu le privilège de passer une nuit.
Je garde un souvenir particulièrement émouvant de ma traversée de la parcelle Nacional. Fouler cette terre, découvrir ces quelques rangs de vignes chargés d’histoire et prendre conscience de la grandeur des vins qui y sont produits m’a procuré une émotion difficile à décrire.
Ce sont des instants qui dépassent la simple découverte d’un vignoble. On ressent véritablement le poids de l’histoire, la singularité du lieu et toute la magie du Douro.

Quel est ton accord préféré avec un Porto, classique ou plus inattendu ?
J’aime particulièrement sortir le Porto de son association presque systématique avec le dessert.
Lors de ma préparation au Master of Port, nous avions notamment travaillé autour du lièvre à la royale accompagné d’un Quinta do Noval Vintage 2000.
C’est un accord qui illustre parfaitement la dimension gastronomique du Porto. La profondeur aromatique du vin, ses notes d’évolution, sa structure et sa richesse peuvent dialoguer avec la puissance d’une grande préparation de gibier.
Pour moi, le Porto a toute sa place à table, y compris sur des plats salés de haute gastronomie.
Quel est ton restaurant préféré à Porto, et qu’aimes-tu particulièrement y manger ou y boire ?
Ah ! Encore une question à laquelle il est difficile de répondre tant Porto regorge de belles adresses !
J’aime particulièrement Antiquum, pour la cuisine gastronomique de Vítor Matos, sa créativité et la précision de ses assiettes.
Mais je prends tout autant de plaisir à m’attabler chez Terra Nova ou chez Arcos das Verdades, dans des registres différents, où l’on retrouve cette générosité et cette authenticité qui font aussi le charme de la gastronomie portugaise.
Finalement, ce que j’aime à Porto, c’est cette diversité : pouvoir vivre une grande expérience gastronomique comme partager un moment plus simple autour d’une belle cuisine, d’un bon vin et de personnes que l’on apprécie.
Que représente pour toi le titre de Master of Port, au-delà du concours ?

Avant tout, une immense fierté, mais également une responsabilité.
Ce concours m’a demandé énormément d’investissement personnel. Il m’a poussé à approfondir mes connaissances, à dépasser mes limites et à découvrir toute la richesse d’un vignoble que l’on pense parfois connaître, alors qu’il est d’une complexité extraordinaire.
Mais je ne considère pas ce titre comme une finalité. Je le vois plutôt comme le début d’une nouvelle aventure.
Être Master of Port, c’est aussi devenir un ambassadeur de ces vins, partager leur histoire, transmettre leur diversité et donner envie à d’autres de les découvrir.
J’aimerais pouvoir contribuer, à mon échelle, à leur rayonnement à travers des dégustations, des rencontres et des événements.
Par quel style, quelle bouteille ou quelle expérience conseillerais-tu de commencer pour s’initier au Porto ?

Je commencerais volontiers par un Porto blanc servi frais, éventuellement allongé d’un tonic de qualité.
C’est une approche conviviale, rafraîchissante et souvent surprenante pour les personnes qui associent encore le Porto à un vin rouge, sucré et exclusivement digestif.
Ensuite, je proposerais une dégustation comparative entre un Ruby et un Tawny, afin de faire découvrir deux grandes expressions du Porto : l’une davantage tournée vers le fruit, l’autre vers les arômes développés par l’élevage oxydatif.
L’essentiel est de susciter la curiosité et de donner envie d’aller plus loin.
Selon toi, comment rendre le Porto plus accessible et plus désirable auprès des jeunes générations sans perdre son identité ?
Je pense qu’il faut avant tout changer notre manière de le présenter.
Pendant longtemps, le Porto a souffert d’une image relativement traditionnelle, parfois cantonnée à l’apéritif familial ou à la fin du repas.
Pourtant, sa diversité est exceptionnelle. Il existe des Portos blancs secs, des rosés, des Ruby éclatants de fruit, des Tawnies d’une grande complexité et des Vintages capables de traverser les décennies.
Nous devons montrer cette diversité, multiplier les occasions de dégustation, proposer des accords gastronomiques inattendus et ne pas hésiter à explorer l’univers de la mixologie.
Je suis également convaincu que le Porto gagnerait à être davantage visible auprès des grandes personnalités internationales. Voir des artistes, des sportifs ou des célébrités partager naturellement une bouteille de Porto pourrait contribuer à renouveler son image et à susciter la curiosité des jeunes générations. D’autres grandes boissons ont parfaitement réussi à s’inscrire dans la culture contemporaine grâce à cette visibilité. Pourquoi pas le Porto ?
Mais moderniser son image ne signifie surtout pas renier son histoire. Bien au contraire, c’est en valorisant ses terroirs, ses producteurs, ses traditions et son identité unique que nous pourrons lui donner une nouvelle dimension.

Quelle idée reçue sur le Porto aimerais-tu définitivement faire disparaître ?
Que le Porto est uniquement un vin doux, puissant, réservé au dessert ou à la fin du repas.
C’est probablement l’une des idées reçues qui me dérangent le plus.
Le Porto est un univers à lui seul, avec une diversité de styles, de couleurs, de méthodes d’élevage et d’expressions aromatiques absolument remarquable.
Il peut être rafraîchissant, délicat, complexe, gastronomique ou profondément émouvant.
J’aimerais surtout que l’on cesse de considérer le Porto comme un vin d’occasion et que l’on commence à le regarder comme un véritable grand vin, capable d’accompagner les plus beaux moments de gastronomie.
Le Porto n’a pas besoin de changer ce qu’il est, mais peut-être simplement la manière dont le monde le regarde.
